Se reconvertir en gagnant moins : la question qu'il faut poser autrement
« De toute façon, je ne peux pas me le permettre. » C’est la phrase qui met fin à beaucoup de réflexions avant même qu’elles ne commencent. Elle mérite d’être examinée, parce qu’elle cache deux erreurs opposées.
Deux erreurs symétriques
La première consiste à renoncer par principe, sans avoir jamais posé les chiffres. Le montant redouté reste vague, jamais calculé, et il grossit à mesure qu’on y pense. On abandonne un projet à cause d’un obstacle qu’on n’a pas mesuré.
La seconde est l’inverse, et je la vois tout aussi souvent : accepter de perdre beaucoup, trop vite, par soulagement de partir. Quand on n’en peut plus, n’importe quelle sortie paraît bonne. Six mois plus tard, la contrainte financière crée une nouvelle pression, et le mal-être revient par une autre porte.
Les deux erreurs viennent du même endroit : la question du salaire est traitée en premier, alors qu’elle devrait venir en second.
Le bon ordre
Avant de savoir combien vous pouvez perdre, il faut savoir vers quoi vous allez. Tant que le projet est flou, aucun arbitrage financier n’est possible, parce que vous comparez un salaire précis à une intuition.
Une fois le projet défini, la question devient concrète et souvent moins effrayante. Combien exactement, pendant combien de temps, et à partir de quand la situation se rétablit. Une baisse temporaire de revenu sur dix-huit mois n’a rien à voir avec une baisse définitive, et pourtant les gens les redoutent de la même façon.
C’est pour ça que je place toujours la clarification avant la décision, comme dans « Réussir sa reconversion : les 3 étapes que presque tout le monde saute ».
Ce que le salaire ne dit pas
Un salaire n’est pas le seul poste du calcul, et raisonner uniquement dessus fausse la comparaison.
Il y a ce que votre situation actuelle vous coûte et qui n’apparaît nulle part : les arrêts, les nuits blanches, les dépenses de compensation, les week-ends qui ne réparent plus rien. Il y a aussi ce qu’un poste plus proche de chez vous, ou plus souple, vous ferait économiser.
Et il y a ce que j’observe le plus souvent en accompagnement : une personne alignée avec ce qu’elle fait progresse plus vite que la même personne qui s’accroche à un poste qui l’éteint. La baisse initiale se rattrape, parce que l’énergie revient. J’en parle dans « L’alignement professionnel n’est pas un luxe ».
Le cas particulier des hauts revenus
Plus le salaire est élevé, plus la question paralyse, et pour une raison qui n’est pas financière. Renoncer à un niveau de rémunération, c’est renoncer à ce qu’il représente aux yeux des autres, et parfois aux siens.
C’est exactement la situation que je décris dans « Gagner très bien sa vie et se demander tous les jours qu’est-ce que je fais là ». Ces personnes croient devoir repartir de zéro, alors qu’elles ont un capital d’expérience considérable à réinvestir autrement.
Poser les chiffres, vraiment
Ce travail se fait, et il se fait à deux. Poser le projet, poser les chiffres réels, identifier les paliers possibles, envisager les transitions progressives plutôt que la rupture nette. Beaucoup de reconversions se font par étapes, sans démission héroïque.
C’est une partie de ce qu’on regarde pendant un bilan de compétences, et avant toute décision, les 3 questions à se poser avant de quitter son job restent le meilleur point de départ.
Cette projection chiffrée fait partie de notre accompagnement à la reconversion.
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L'autrice
Hannan Regnaux
Fondatrice de HR-Connexions, méthode exclusive d’accompagnement au projet d’évolution et de reconversion professionnelle. Pour des vies transformées, alignées à l’identité professionnelle.
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